LES MARAICHERS PARISIENS DU 19E SIECLE

On entend dire aujourd’hui qu’il est impossible de produire des fruits et légumes sans intrants chimiques. Qu’il est un doux rêve de penser qu’on peut récolter des pommes ou des tomates sans pesticides, engrais chimiques, herbicides ou fongicides.

Et bien, on vous le dit chez Cote2boeuf : QUE NENNI !!!

Revenons quelques temps en arrière, au 19e siècle, au temps où les maraîchers d’Ile de France fournissaient la totalité des fruits et légumes consommés à Paris et sa périphérie.

UN PEU D’HISTOIRE

Les maraîchers parisiens étaient, au 19eme siècle, concentrés autour des marais (Canal Saint Martin notamment), ce qui leur conféra la dénomination de « maraîchers » : les cultivateurs des marais.

En 1845, J.G MOREAU et J.J. DAVERNE ont souhaité écrire un manuel relatant leurs techniques de maraîchage. Se sentant menacés par l’urbanisation galopante de la capitale, ils souhaitaient transmettre leurs connaissances et leurs méthodes à leurs enfants et aux futurs jardiniers-maraîchers.

Ces maraîchers parisiens du 19eme siècle obtenaient des rendements exceptionnels, le tout en agriculture biologique, c’est-à-dire sans aucun intrant chimique (engrais chimiques, pesticides, herbicides type Round Up, etc.). Leur seul apport extérieur était le fumier de cheval (ou de vache) qu’ils récupéraient auprès des écuries parisiennes de l’époque.

Photo maraichage paris début 20e
Maraichage à Paris au début du 20e siècle / Crédit photos : Musée Albert Kahn

8 RECOLTES PAR AN ET DES MELONS EN AVRIL A PARIS !

Mais comment ces maraîchers arrivaient il y a 170 ans à obtenir 8 récoltes par an à Paris et des melons en avril ?

Essayons brièvement de mettre en lumière leurs différentes techniques :

  • Le système des couches chaudes : les maraîchers utilisaient des châssis en bois remplis de fumier frais et de terreau. La chaleur émise par les micro-organismes dans le fumier (60 à 70°C) permettait la mise en culture de semis très tôt dans l’année et d’obtenir des melons dès le mois d’avril.
  • Adaptation à l’environnement : selon l’exposition au soleil ou la nature de la terre (argileuse, sableuse, etc.), les jardiniers adaptaient leurs cultures et le type de fumier qu’ils épandaient afin de conserver une terre riche et propice à la culture, équilibrée en terme d’azote et de carbone.
  • Le paillage des sols : cette technique permet à la fois d’éviter l’assèchement du sol en le protégeant du soleil et donc de l’évaporation de l’eau et l’apparition de mauvaises herbes qui se voient bloquées par le lit de paille entourant les cultures.
  • Les rotations de culture : chaque plante va consommer des nutriments différents dans la terre (une tomate ou un melon n’ont pas besoin des mêmes nutriments). La rotation des cultures évite l’appauvrissement de la terre en alternant les cultures dans le temps. Notre agriculture moderne cultive la même plante sur la même surface durant des années. Résultat : la terre s’appauvrit et oblige le jardinier à avoir recours à des engrais chimiques pour compenser la perte de fertilité de la terre.
  • L’utilisation de matière organique : le fumier de cheval sera propice aux terres lourdes alors que le fumier de vache sera idéal pour une terre sableuse. Ici encore, les maraîchers du 19eme siècle nous montrent leur faculté d’adaptation à leur environnement.

Cette liste de techniques de maraîchage est loin d’être exhaustive et de nombreuses autres techniques étaient employées par les jardiniers de l’époque.

La culture en couches chaudes
Système de couches chaudes par Pascal Poot / Crédit photos : Rue89

PEUT-ON UTILISER CES METHODES DE MARAICHAGE AUJOURD’HUI ?

Oui et deux fois oui mon capitaine !

On peut noter que les maraîchers français de l’époque ont fait partie des meilleurs jardiniers de l’histoire de l’humanité. Les jardiniers londoniens du 20eme siècle s’en inspirèrent avant que deux américains, John Jeavons et Alan Chadwick, l’utilisent comme base de leur travail en 1970. Viendra ensuite Eliot Coleman qui remettra au goût du jour les pratiques de ces maraîchers qui ont créé ce qu’on appelait à l’époque « le jardinage intensif à la française ».

De nos jours, on peut citer la ferme du Bec Hellouin, en Normandie, qui utilise ces techniques de maraichage pour produire des fruits et légumes avec des rendements tout simplement hallucinants ! L’INRA suit le travail de Charles Hervé Gruyer dans sa ferme du Bec Hellouin afin d’étudier les résultats et techniques de maraîchage utilisées. A ce jour, cette ferme produit sur 1/10e d’hectare l’équivalent de fruits et légumes qu’une ferme conventionnelle sur un hectare.

Ferme du Bec Hellouin
Ferme du Bec Hellouin / Crédit photos : www.fermedubec.com

Vous trouverez sur le site de la ferme du Bec Hellouin le livre « Manuel Pratique de la culture maraîchère de Paris », rédigé par Messieurs Moreau et Daverne :

Manuel Pratique de la culture maraîchère de Paris

En conclusion, la lecture de cet ouvrage nous confirme que nous pouvons changer notre approche du maraîchage et que cela peut se faire sans délaisser le rendement, nécessaire à l’alimentation d’une grande population. Une autre agriculture est possible même si les grands agro-industriels fabricants de pesticides, herbicides et engrais chimiques nous soutiennent le contraire. Mais l’agriculture a pour but de nourrir la population sainement et durablement, non d’enrichir quelques multinationales au détriment de notre santé…

2 commentaires sur “LES MARAICHERS PARISIENS DU 19E SIECLE”

  1. Attention quand même, on estime qu’ils pouvaient mettre jusqu’à 2000 Kg d’azote/ha/an (sous forme de fumier) pour récolter environ 180 Kg d’azote/ha/an (sous forme de légume)
    Du coup il devait y avoir un lessivage assez énorme (surtout que certains auteurs documentent une irrigation importante).
    Quand on voit aujourd’hui des maraîchers sur petite surface qui ont des fuites d’azotes alors qu’ils en mettent environ 10x moins c’est peut être pas vers ça qu’on doit se diriger sans se poser de question…
    Maintenant tout n’est pas à jeter, loin de là, mais ça semble quand même peu applicable vu les normes environnementales et le fait qu’on ait plus des tonnes et des tonnes de fumier à disposition dans et autour des villes
    http://sci-hub.tw/10.1007/s11356-016-6544-1

    1. Effectivement ce sujet est à approfondir mais les qualités intrinsèques et le peu d’usage chimique assure une culture plus profitable pour les consommateurs.
      Merci de votre retour

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